Suivi des baleines à bosse
Méthode : la photo-identification de la nageoire caudale et/ou de l’aileron dorsal permet de reconnaître les individus. Chaque individu est recensé dans un catalogue de photo-identification, permettant les comparaisons inter-annuelles. La mise en place de partenariats régionaux permet de comparer le catalogue de La Réunion à celui d’autres pays de la région (Maurice, Madagascar). Les suivis focaux et l’enregistrement des chants apportent des informations comportementales.
 La photoidentification et le suivi des Baleines à bosse

Megaptera novaeangliae, espèce migratrice présente à La Réunion pendant l’hiver austral : l’objectif est de comptabiliser et d’identifier les baleines présentes à la Réunion, de déterminer leur temps de résidence, d’évaluer leur fidélité à la Réunion d’une année sur l’autre et de contribuer à une meilleur compréhension des mouvements migratoires dans le sud-ouest de l’Océan Indien, d’étudier la structure des groupes (nombres d’individus, présence de mâles, de femelles, de baleineaux…) et leur comportement (groupes actifs, périodes de repos, accouplement, allaitement …). L’étude de la structure des chants permet l’établissement de comparaisons régionales.
Programmes de recherche

Programmes de GLOBICE
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  Suivi des dauphins cotiers
 
Suivi des baleines à bosse
  Etude génétique et
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  MIROMEN
  Etude des cachalots


Autres programmes
   Campagne scientifique de pose de balises Argos sur les baleines à bosse

Communiqué de Presse du 26 juillet 2013

   Du 29 juillet au 16 août prochains sera menée une campagne de pose de balises Argos et de prélèvements cutanés sur les baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) présentes le long des côtes de la Réunion.

Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme de recherche MIROMEN (MIgration ROutes of MEgaptera Novaeangliae), porté par l’association GLOBICE en partenariat avec :

l’ ONG Wildlife Conservation Society (WCS - USA), menant des recherches sur les cétacés à Madagascar depuis 1996. Salvatore Cerchio, chercheur spécialisé dans la conservation des mammifères marins au sein de la WCS, interviendra à titre d’expert sur le comportement des baleines à bosse ;
la Brigade Nature de l’Océan Indien (BNOI – la Réunion), garante du respect des protocoles validés par le Ministère de l’Environnement, fournissant un moyen à la mer et apportant son expertise pour l’approche des animaux et la prise de prélèvements ;
la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA - USA), apportant son expertise pour le choix et la programmation des balises Argos et faisant le lien pour la transmission des données Argos ;
Instituto Aqualie (Brésil) et Webnox (Suède), intervenant pour le déploiement des balises sur les baleines, organismes reconnus pour leur expérience mondiale en la matière ;

L'étude MIROMEN vise au déploiement de balises Argos sur quinze individus adultes, afin de suivre leurs différents mouvements migratoires par satellite ; elle a reçu le soutien financier de la Commission Européenne dans le cadre de l’action préparatoire BEST (Régime volontaire pour la biodiversité et les services écosystémiques dans les territoires des régions ultrapériphériques et les pays et territoires d'outre-mer de l'Union européenne).


Plus spécifiquement, cette étude scientifique permettra :

de mettre à jour les routes encore inconnues utilisées par les animaux ne faisant que transiter par la Réunion vers leur site final de reproduction ou de mise bas quelque part dans l’océan Indien. Il s’agit ainsi d’apporter des informations quant aux échanges entre les différentes régions du Sanctuaire de l'océan Indien ;
de compléter les connaissances sur les secteurs et habitats utilisés à l’échelle de l’île par l'équipement d'individus venus se reproduire ou mettre bas à la Réunion. L’objectif est ici de mieux connaître les déplacements des individus autour de l’île.
de découvrir les routes de migration des baleines à bosse vers leur zone de nourrissage dans les mers australes bordant l’Antarctique.

En savoir plus ...
Miromen, la première baleine "taguée" par l'équipe Globice/BNOI/WCS/Webnox
Résultats 2014
   La majorité de ces observations était concentrée dans des eaux de moins de 100 mètres de profondeur (Figure 7). Suivant le secteur géographique, les groupes étaient localisés plus ou moins loin de la côte. Dans le secteur de Saint Gilles, où la bathymétrie est moins abrupte, les baleines étaient observées jusqu’à 4,5 miles nautiques au large. Dans les autres secteurs de l’île, les observations de baleines étaient majoritairement localisées dans la bande côtière à moins d’un mile nautique de la côte.
La concentration des observations sur l’Ouest et le Sud de l’île est due à l’effort de prospection plus important réalisé dans ces secteurs pendant la saison des baleines (Figure 7). On remarque en particulier que la zone au large de Saint Gilles et la Réserve Nationale Marine sont largement fréquentées par cette espèce.
Figure 8. Distribution mensuelle des observations avec nourrisson(s) (en %) de 2009 à 2014.

Le nombre de groupes actifs, caractéristiques de l’activité de reproduction, était similaire à celui de 2013 et de 2012 (12 et 11 groupes actifs, respectivement), eux-même étant moins importants par rapport à ceux des années antérieures. En 2014, seulement 8 groupes impliqués dans une activité de surface typique des scènes d’accouplement ont été rapportés, soit une proportion de 3,4% (4,7% en 2013 et 4,5% en 2012 contre 9% en 2011 et 23% en 2010).

Ainsi, l’année 2014 se rapproche des tendances observées en 2012 en termes de composition et de comportement des groupes présents dans les eaux réunionnaises, avec une proportion de mères accompagnées de leur progéniture relativement importante et une activité de reproduction faible. On notera que l’année 2012 fut marquée par un changement de ces indicateurs par rapport aux années antérieures, elles-mêmes caractérisées par une forte activité de reproduction et une faible proportion de groupes avec baleineau(x).


La fréquence d’observation (nombre de groupes de baleines observés pondéré par l’effort d’observation) permet de dégager les tendances mensuelles et annuelles de fréquentation des baleines à La Réunion. Globalement, après un pic observé en 2011, et une légère baisse de fréquentation observée en 2012 et 2013, le taux d’observation de baleines augmente de nouveau en 2014, avec 0,31 observation par heure de prospection, soit une observation toutes les 3,2 heures en moyenne sur l’ensemble de la saison (de juin à novembre).

En complétant les données récoltées depuis 2004, l’étude 2014 permet d’avoir un recul de 10 ans sur l’évolution de la fréquentation des baleines à La Réunion (Figure 9). Ainsi, on note une fréquentation relativement basse durant la période 2004-2006 et une augmentation de la fréquence d’observation en 2007 et 2008. Suite à cette augmentation, le taux d’observation de baleines à bosse reste globalement élevé sur la période 2008-2014, bien que des variations annuelles soient observées.
Figure 9. Fréquence moyenne d’observation de groupes de baleines (nombre d’observations /heure de prospection) pour la période 2004-2014, et nombre de sorties réalisées chaque année pendant la période de présence des baleines (juin-novembre).
Figure 10. Variation de la fréquence d’observation mensuelle de groupes de baleines à bosse (nombre d’observations/heure de prospection) de 2008 à 2014 à La Réunion.

Les variations mensuelles de la fréquence d’observation de baleines au cours des saisons baleine 2008-2014 sont représentées sur la Figure 10. Le suivi saisonnier montre que l’année 2014 présente une tendance générale similaire aux années précédentes, avec la présence d’un pic de fréquentation au mois d’août, et une chute du taux d’observation en octobre. On remarquera que la fréquence d’observation des baleines à bosse au mois d’août est très importante (0,91 observation/heure de prospection), et supérieure à celles des années antérieures. Ce taux augmente de façon importante de juillet à aout, et chute drastiquement à partir de septembre. La saison baleine 2014 a donc été particulièrement courte avec des observations concentrées sur la période juillet-septembre.

La comparaison des variations mensuelles du pourcentage de groupes avec baleineau(x) et de la fréquence d’observation mensuelle de baleines au cours de la saison baleine 2014 montre que l’évolution des deux indicateurs est similaire en fonction du temps, avec la présence d’un pic au mois d’août. Contrairement aux autres années marquées par une augmentation progressive des observations avec présence de baleineaux au cours de la saison, liée à un départ tardif des groupes avec jeune(s), l’année 2014 semble être caractérisée par un départ prématuré de ces mêmes groupes.


Afin de prendre en compte l’hétérogénéité de la distribution spatiale de l’effort de prospection et d’être en mesure d’identifier les zones principales de fréquentation des baleines, la zone d’étude a été découpée selon une grille de 2 km de maillage. Pour chaque cellule, la fréquence d’observation a été calculée en rapportant le nombre d’observations à l’effort de prospection réalisé (en km). La grille ainsi obtenue, représentant les variations spatiales de fréquentation, est présentée en Figure 11. Bien que recensées sur l’ensemble de la bande côtière prospectée en 2014, les baleines à bosse semblent particulièrement présentes sur la côte ouest, notamment au large de Saint Gilles et du Cap La Houssaye.


Figure 11. Fréquence d’observation des baleines à bosse (nombre d’observations/km) selon une grille de 2x2km, pendant la saison 2014.

Lors des 235 observations de groupes de baleine à bosse réalisées en 2014, Globice a pu obtenir des photographies de
145 nageoires caudales, exploitables pour une identification individuelle. Après comparaison de ces photographies les unes aux autres, il apparaît que ces 145 caudales photographiées représentaient 84 individus différents (dont 2 nouveaux nés), certains vus à plusieurs reprises au cours de la saison. De plus, 22 baleines supplémentaires ont pu être identifiées d’après les photographies de caudales envoyées par des particuliers, en dehors des sorties Globice. Ainsi, cette étude a permis de recenser, d’après les caractéristiques de leur nageoire caudale, un total de 106 individus différents ayant fréquenté les eaux de La Réunion en 2014. Les photographies et informations relatives à chacun de ces individus ont été saisies dans le catalogue de photo-identification des baleines de La Réunion. Ainsi, malgré un effort de prospection semblable à celui de 2012 et de 2013 (de juin à novembre), le nombre d’individus photo-identifiés en 2014 est largement inférieur à celui de 2013, mais supérieur à celui de 2012. La présence de couples mère/baleineau en nombre supérieur pendant la saison 2014 par rapport à 2013 (33% des observations en 2014 contre 22% des observations en 2013) et en nombre inférieur par rapport à 2012 (58% en 2012) pourrait expliquer ce résultat. En effet, la présence de couples mère/baleineau limite les possibilités de photo-identification des individus, les mères et leur baleineau étant souvent en activité de repos et sondant peu.

Le catalogue de photo-identification de La Réunion compte,
pour la période 2001-2014, 839 nageoires caudales, dont 759 recensées dans le cadre du protocole Globice, et 80 recensées par des observateurs extérieurs.

Durant la saison 2014, la majorité (74%) des baleines adultes photo-identifiées n’a été
observée qu’une journée (N=75), et 27 baleines ont été observées à plus d’un jour d’intervalle (nourrissons exceptés), soit un taux de re-capture de 26% sur la saison. Ce taux est cohérent par rapport à ceux observés les années précédentes (42% en 2008, 20% en 2009, 42% en 2010, 32% en 2011, 20% en 2012 et 39% en 2013). Depuis 2008, le taux de re-capture moyen de 31,6% démontre que près de 2/3 des baleines observées au cours d’une saison ne restent pas plus d’une journée et sont donc considérées comme de passage, La Réunion ne représentant alors qu’une étape sur leur route migratoire. Le tiers restant d’individus identifiés au cours d’une saison semble séjourner plusieurs jours à plusieurs semaines autour de l’île. Pour ces baleines, La Réunion semble présenter une étape importante, et probablement une destination finale de migration pour certaines.

Le taux de re-capture important observé chaque saison a permis de collecter un jeu de données conséquent permettant d’estimer le temps de résidence des baleines observées à plusieurs reprises autour de l’île, en se basant sur l’intervalle maximal de re-capture des baleines adultes identifiées à plus d’un jour d’intervalle. Ces données indiquent un
temps de résidence moyen de 15 jours.

Le taux de re-capture et le temps de résidence des baleines observées à La Réunion au cours de cette étude apparaissent comme relativement élevés par rapport à d’autres études menées dans la région du Sud-Ouest de l’Océan Indien. En effet, à Madagascar, le taux de re-capture est de 6 à 18% et le temps moyen de résidence, estimé selon la même méthode, est de 3 à 8 jours (Cerchio et al., 2008). Cette différence peut être due au fait que La Réunion est une île océanique isolée, présentant une disponibilité d’habitats relativement restreinte par rapport à d’autres sites où le linéaire de côte plus étendu permet des déplacements plus importants. Les baleines rejoignant La Réunion auraient donc tendance à séjourner plus longtemps sur un site plus restreint.

Ainsi, année après année, ces résultats semblent démontrer que :
Certaines baleines auraient une présence temporaire autour de l’île et seraient uniquement de passage à La Réunion, notamment durant la première moitié de la saison. Pour ces baleines, La Réunion représente probablement une zone de transit sur leur route migratoire, avant d’atteindre d’autres sites de reproduction.

Certaines baleines, arrivant plus tardivement à La Réunion, y séjourneraient pendant plusieurs semaines. Pour ces baleines, La Réunion représente une zone de reproduction où elles viennent s’accoupler et mettre bas, et donc probablement leur destination finale de migration.

L’étude MIROMEN (Migration ROutes of Megaptera Novaeangliae), étude télémétrique des trajets migratoires des baleines à bosse fréquentant La Réunion, a permis d’équiper 15 baleines de balises satellites Argos en août 2013. Les résultats de cette étude ont confirmé l’utilisation de La Réunion comme site de reproduction principal ou secondaire pour les baleines à bosse.

Les photographies de nageoires caudales des baleines observées en 2014 sont en cours de comparaison avec les années précédentes. A ce jour, cette comparaison a permis de montrer que 2 baleines identifiées en 2014 avaient déjà été observées à La Réunion les années précédentes. Il s’agissait de deux femelles accompagnées d’un nourrisson :
- Ind#270: vu en 2009 et revu en 2010 et 2012 avec un nouveau-né, et de nouveau en 2014 avec un nouveau-né,
- Ind#43: vu en 2006, en 2009 et en 2012 avec un nouveau-né à chaque fois. Revu en 2014 avec un nouveau-né.

Ainsi, l’année 2014 marque le retour d’au moins 2 femelles accompagnées de leur progéniture sur le site de reproduction de La Réunion, sur plusieurs cycles reproducteurs.
L’analyse des dates de re-captures des individus femelles de 2009 à 2014 démontre un intervalle de naissance de 2 à 3 ans, en accord avec le cycle de reproduction de cette espèce, incluant une année de gestation, suivie d’une année environ de lactation, et éventuellement d’une année de repos. La plupart de ces femelles n’ont pas été observées à La Réunion en phase féconde (sans nourrisson), ce qui indique un retour non systématique entre les zones de reproduction et de mise bas.

Ces re-captures viennent compléter le jeu de données inter-annuelles : sur la période 2003-2014, 15 individus ont été vus sur deux saisons à La Réunion, entre 1 et 11 ans d’intervalle et 4 individus ont été vus sur au moins 3 saisons, entre 1 et 7 ans d’intervalle. Ces données de re-captures confirment une fidélisation des baleines à bosse au site de La Réunion, avec :
un retour d’individus, probablement des mâles reproducteurs, d’une année sur l’autre, mais pas sur plusieurs années consécutives
un retour de femelles gestantes mettant bas tous les 2-3 ans
un retour de certaines femelles sur deux années successives, possiblement fécondées à La Réunion et revenues mettre bas sur le site de reproduction l’année suivante.

Cette étude menée sur plus de dix ans, semble donc indiquer une modification des mouvements migratoires des baleines à bosse vers La Réunion lors de ces dernières années. Les résultats obtenus suggèrent une appropriation récente de La Réunion comme site de reproduction par les baleines à bosse, avec à la fois une augmentation du nombre de baleines venant hiverner autour de l’île et un début de fidélisation au site. Les causes de ces modifications restent méconnues. Il se pourrait que, du fait de l’augmentation de la population et la restauration progressive des stocks, les baleines à bosse étendent leur territoire au sein de l’océan Indien, en intégrant (ou ré-intégrant) d’autres sites comme La Réunion parmi les sites de reproduction fréquentés régulièrement. Ainsi, il se pourrait que les baleines montrent une fidélité plus grande au site de La Réunion dans les années à venir. Il est donc impératif d’inscrire cette étude dans un suivi à long terme de la fréquentation et de l’identification des individus hivernant à La Réunion.

Figure 7. Grille de 2x2km représentant l’effort de prospection (distance parcourue, en Km) et le nombre d’observations de baleine à bosse réalisées de début juin à fin novembre 2014.

Les groupes de baleines à bosse observées en 2014 comportaient entre 1 et 6 individus, dont :
32 observations d’individus isolés ;
113 observations de paires d’individus, dont plus de la moitié (69%) de couples mère-baleineau ;
56 groupes de 3 individus, dont 84% de couples mère-baleineau accompagnés d'un individu adulte, communément appelé "escorte" ;
32 groupes de 4 à 6 individus, dont 47% de couples mère-baleineau accompagnés d’au moins deux escortes et 25% avec deux couples mères-baleineaux;
2 observations d’effectif inconnu.

Ainsi, parmi les 235 observations réalisées au cours de la saison 2014, 64% comportait des nourrissons de l’année (0 à 4 mois), nés très probablement dans les eaux de La Réunion. Cette proportion apparaît comme supérieure à celles observées en 2013, 2011 et 2010 (34%, 46% et 41%, respectivement) mais similaire à celle relevée en 2012 (73%).

Cette tendance est observée au cours du mois d’août 2014 où le pourcentage d’observations de groupes avec baleineau(x) est similaire à celui du mois d’août 2012, mais nettement supérieur à celui des mois d’août des autres années. En juillet 2014, ce taux se rapproche de celui des années précédentes, et est largement inférieur à celui observé en juillet 2012. Le pourcentage d’observation de groupes avec baleineau(x) du mois de septembre 2014 est intermédiaire entre celui de septembre 2012 et 2013 et celui des années précédentes. Le faible nombre d’observations relevées en octobre 2014 ne nous permet pas de comparer de manière fiable ce taux avec les années antérieures (Figure 8).